Tout le monde connait les événements de mai 68, la plus grande révolte sociale, française de la deuxième moitié du 20ème siècle. Si ce mouvement ne peut pas être réduit à un mouvement d’étudiants, il est néanmoins incontestable que ceux-ci en ont été les principaux artisans.
La révolte étudiante remonte à mai 67. Pour protester contre l'interdiction de l'accès des garçons à la résidence des filles, les étudiants de Nanterre décident d'occuper le bâtiment réservé aux filles dans la cité universitaire située sur le campus. Ils en seront délogés manu militari par les forces de l'ordre. Cette action aura d'autant plus d'écho que la police n'a jamais eu droit de citer sur un campus universitaire.
Commence alors une longue année de protestation à Nanterre. En effet, tout au long de l'année universitaire 1967-1968, les étudiants menés par diverses organisations d'extrême gauche vont s'organiser. L'apogée est atteinte le 21 mars 68 où l'occupation de la tour administrative de Nanterre est décidée par les étudiants. Ceux-ci protestent contre les arrestations opérées lors des manifestations contre la guerre du Vietnam. Une fois l'université de Nanterre fermée, ils sont amenés à transporter leur mouvement vers la Sorbonne le 3 mai. Dès ce moment tout s'enchaîne. Occupations, répression, manifestations. Le mécontentement naissant dans le milieu étudiant sera relayé par celui qui se profilait depuis plusieurs années dans le secteur ouvrier. Le 25 mai 1968 on compte presque 9 millions de grévistes en France, chiffre supérieur à celui des grèves de 1936! S'en suivent la dissolution de l'assemblée nationale et des avancées sociales importantes. Une question vient alors à l'esprit : que reste-t-il du "mouvement du 22 mars" ? Des archives, de vieilles photos... ou le modèle d'une mobilisation victorieuse pour les jeunes d'aujourd'hui ? On ne cesse d'entendre qu'en ce début de 21ème siècle les jeunes seraient devenus individualistes, qu'on assisterait à la naissance d'une génération désenchantée. Avec les luttes sociales de ces dernières années qui peut encore douter qu'il n'en est rien. La mobilisation contre le CPE, celle des lycéens contre la loi Fillon, ou encore plus récemment contre la LRU pour les étudiants et contre les suppressions de postes dans l'éducation nationale pour les lycéens, ces exemples sont le reflet de la volonté de résister toujours intact dans la jeunesse. Évidemment de Daniel Cohn-Bendit à Bruno Julliard il y a un fossé. Les conditions de vie des jeunes ont beaucoup évolué. Le chômage, la précarité grandissante sont autant de préoccupations apparues au fil des ans. Ainsi, si en 68 nos aînés se battaient pour refuser l'ordre établi, aujourd'hui on parle davantage d'autonomie de la jeunesse et de défense de nos acquis. Deux générations, deux combats. Seule reste entière la capacité d'indignation et de révolte.
Vanessa Favaro
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